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La bulle des retraites

Les séjours de déconnexion personnelle n'ont jamais été aussi courus. Au programme, yoga, massage, méditation et jeûne

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Ilaria «perdait de vue le sens de la vie». Rien à faire, son poste en or dans la mode, pour lequel n’importe quelle fashion addict donnerait son plus beau sac Gucci, ne comblait pas ses espérances. Ilaria fait alors une petite folie et passe de la mode à un trip existentiel qui fleure bon les années 1970: la voilà partie pour six mois de «réorientation spirituelle», d’abord dans un monastère de moines bouddhistes en Himalaya puis en Inde pour une initiation à l’ayurvéda.

A son retour, devenue professeure de yoga, Ilaria lance son concept de «Happy Retreat» (retraites de bonheur). Ses anciennes connaissances de la mode, toujours aussi surmenées, se ruent sur ces parenthèses de bien-être hors du temps, dispensées dans des endroits luxueux, où elles déconnectent de leur quotidien pour quelques jours, en suivant des cours de yoga, de nutrition, des séances de méditation, de danse, voire d’aromathérapie. Organisées dans des lodges-cabanes haut-de-gamme, en pleine nature, Ilaria en profite aussi pour les initier à la sylvothérapie (des «bains de forêt»).

“Slow life” et “happy retreats”

La bulle des retraites
Postures de yoga sur la plage

Ilaria tombe à pic. Elle a flairé le besoin de bien-être des CSP+ épuisés et aisés, aspirant à s’éloigner de leurs planning surchargé pour reprendre leur souffle et s’éviter un burn-out. Avant, pour cela, il existait les… vacances. Mais, à en croire la recrudescence de ce tourisme du bien-être, se détendre en famille ou entre amis serait devenu insuffisant pour déconnecter totalement. « On constate l’augmentation du stress et d’un mal-être, due à l’accélération permanente de notre rythme de vie, à la digitalisation et à un contexte économique incertain, constate Olivia Calcagno, fondatrice d’Happy Folk, une communauté inspirée de la «Slow Life», qui incite à ralentir nos modes de vie. Avant, le bien-être était un confort mais il reprend une place prépondérante dans la vie des gens.

La combinaison de plusieurs soins de bien-être

Tout hôtel qui se respecte se doit aujourd’hui d’avoir son spa mais, plus qu’un massage par séjour, le client cherche à s’immerger dans le lâcher-prise. Les retraites sont donc savamment dosées: une base d’entretien corporel (yoga, taï chi…), un peu d’équilibre nutritionnel (menus détox ou jeûne…), quelques cessions de détente (massages, balnéo…) et juste ce qu’il faut de spiritualité pour donner du sens (méditation, sylvothérapie…).

«Les demandes sont de plus nombreuses, poursuit Olivia Calcagno. Même les entreprises remplacent leurs séminaires collaboratifs par des cessions de travail sur soi et de reconnexion aux autres.» La tendance est bien enclenchée: « Les gens ont désormais conscience d’une écologie personnelle plus globale que celle du simple massage au spa, constate Jean-Louis Poiroux, fondateur des spas Cinq Mondes. Elle inclut la nutrition, le sommeil, le yoga, les soins d’eau ou la nourriture saine. Les retraites répondent à tous ce besoin de retour à l’équilibre.»

Une expérience totale, le confort en plus

La bulle des retraites
Nourritures saines

Pourquoi ne pas partir, comme Ilaria, s’immerger dans une «vraie» retraite spirituelle en Asie ? Jean-Louis Poiroux, a vécu l’expérience il y a vingt ans: «Lors de mes retraites d’ayurvéda et de yoga avec Sri Sri Ravi Shankar, dans des ashrams, on se réveillait à 5 heures, on mangeait exclusivement végétarien, le confort était très spartiate, on faisait silence toute la journée. C’était dur mais les bienfaits étaient extraordinaires. Ce genre d’expérience n’est plus acceptable pour des personnes qui ont atteint un certain niveau de confort.» Dormir sur une planche en bois, ressortir d’un massage Sirodhara le crâne imprégné d’huile chaude, se taire toute la journée… Le nouveau candidat à l’harmonie n’est plus prêt à franchir les limites de son standing, même pour atteindre le nirvana du zen. Les organisateurs de retraites version 2018 l’ont bien compris et veulent transmettre ce niveau d’hygiène de vie et d’authenticité, avec un confort adapté aux européens.

Des séjours divers et souvent chers

Ce nouveau marché propose encore une offre disparate, qui s’adresse soit à des clients très aisés, soit à des adeptes de cures très strictes. Les hôtels de luxe ont sauté sur l’occasion pour améliorer les vacances haut-de-gamme. Ainsi, entre Ramatuelle et Saint-Tropez, le superbe hôtel-villas de La Réserve a créé une «mind and body Nescens Retreat» à visée holistique: après un entretien avec un ostéopathe, il propose un programme avec des séances de yoga et pilates sur-mesure, des marches d’oxygénation ou Nordiques dans l’exceptionnelle nature environnante, des massages déstressant, de la balnéothérapie et des menus légers préparés par un chef… Mais, à 3200€ les 5 jours, hors hébergement, le bien-être se paye très cher.

A chaque retraite, sa thématique

Le yoga est le plus répandu mais on trouve de tout. Des séjours «jeûne et randonnée» ou «jeûne et massages» (le Jeûne Heureux). Les diètes médicalisées de la clinique Buchinger ; les luxueuses retraites «wellness et fitness» du Palace italien Merano. Des cures de «détox digitales» apprennent à oublier le portable. Le groupe Hôtelier Como organise plusieurs séjours, dont un au Bouthan près des monastères, où l’on déconnecte aussi bien en faisant du fitness qu’en se faisant masser, en s’initiant à l’ayurvéda et à la nourriture «healthy».

Inspiré du mouvement «Slow», la vague de bien-être actuelle tend vers moins de tout: nourriture, bruit, stress… Mais en 2018, la retraite n’est plus une ascèse. Dans ces bulles paradisiaques, nulle remontrance ne sera faite à celui qui décide de fumer une cigarette, de boire un verre de vin ou de craquer sur un bon steak… «C’est le client qui choisit, s’il veut un hamburger, pas de problème», tempère Chris Orlikowski, chez Como. Le client est avant tout en vacances, pas à l’école, et reste roi.

Une parenthèse pour se retrouver

Aux Etats-Unis et en Asie, ces séjours représentent un marché juteux. En Thaïlande, le maître Mantak Chia accueille des intervenants spécifiques pour des formations pointues en EFT, massages du ventre Chi Nei Sang, soins taoïstes…  Aux USA, à l’opposé, les «spas destinations» comme Canyon Ranch ou le Miraval Resort en Arizona sont de véritables Disneyland de la forme. «En France, on prend plus de distance par rapport à ces pratiques radicales, constate Jocelyne Sibuet, fondatrices de la marque Pure Altitude et des hôtels Les Fermes de Marie, une des pionnières. Qu’elles soient incarnées par un maître ou non, la retraite de bien-être est un phénomène de société, une parenthèse pour se retrouver.» Cet été à Megève, elle organise une cession avec le Club de yoga branché Le Tigre. «Nous ne sommes pas dans la zénitude à tout prix, poursuit-elle. En 4 jours, on ne peut pas changer les gens du tout au tout. Progressivement, on les sensibilise à la circulation de l’énergie, à la détente d’un massage, à la reconnexion avec la nature… ». Le but: obtenir un déclic chez le participant, pour qu’il cultive un bien-être plus durable, tout au long de l’année.

Charlotte Langrand


Pour aller plus loin:

Happy Retreat «Yoga et énergie positive» au Coucoo Grand Cépage à Sorgues, 26-30 septembre 2018.

Festival Happy Folk, sur l’art de vivre slow, 6-8 juillet à la Recyclerie à Paris.

«Le bonheur est dans la peau», de Jean-Louis Poiroux, éditions La Martinière et «spa and wellness retreats» chez Cinq Mondes en septembre à Lausanne, en Août à Dubaï et en novembre à l’Ile Maurice.

La Réserve Ramatuelle, Mind and Body Retreat, 5 jours: 3200€, 3 jours: 1950€ (pension complète, hors Hébergement).

Retraite de yoga au Como Uma Paro et au Como Uma Punakha au Bhoutan, 3700€ trois nuits.

Retraite de yoga estivale Le Tigre Club-Les Fermes de Marie, 5-9 juillet, pour 4 nuits : de 1189€ à 1449€.

Charlotte Langrand

Journaliste au Journal du Dimanche (JDD) rubriques Gastronomie-Cuisine, santé-bien-être

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