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L’ayurvéda pour tous

Cette médecine millénaire indienne, fait des émules chez les Occidentaux. Ils suivent des cures plutôt douces en France mais plus radicales en Inde

 

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Votre arrivée est saluée par la mer et ses cabanes de pêcheurs sur pilotis. Et par une tisane gingembre/cumin/cardamone plutôt corsée. Mieux vaut vous habituer tout de suite : cette boisson stimulante va faire partie de votre quotidien pendant cette cure particulière, où vous allez devoir appréhender votre santé sous un angle totalement nouveau. Vous voici à Pornic, en Loire-Atlantique, dans le centre de thalassothérapie qui surplombe la plage de la Source. Les yeux plantés sur l’horizon, vous vous apprêtez sans le savoir à remettre en question vos principes sur l’alimentation et l’hygiène de vie, à découvrir les épices digestives, la « détox » personnalisée et les massages au beurre clarifié.

Une pratique holistique et millénaire

L'ayurvéda pour tous
Tisane gingembre, cardamone, cumin, clous de girofle et graines de fenouil

L’ayurvéda est à la santé ce que l’Inde est au monde : une autre planète. Comme sa cousine la médecine traditionnelle chinoise, cette médecine millénaire indienne, qui signifie « science de la vie » en sanskrit, est une pratique holistique. Elle prend en compte votre esprit et vos émotions autant que votre corps et votre mode de vie. « C’est une médecine et en même temps une philosophie et un art de vivre, explique Kiran Vyas, qui a introduit l’ayurvéda en France en 1977 et a fondé le Centre Tapovan à Paris. C’est une science certes, mais elle se pratique de façon quotidienne tout d’abord pour sauvegarder la santé et, dans un deuxième temps, pour augmenter son immunité, sa beauté et son épanouissement. Enfin, si l’on tombe malade, on l’utilise aussi pour guérir. »

 

Déterminer son dosha pour adapter sa cure

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Un des repas végétariens de la cure ayurvédique à Pornic

Dans l’ayurvéda, l’épanouissement de l’être est aussi important que la guérison. Ce message a fait mouche dans les sociétés occidentales stressées et en mal de repères, si bien que de plus en plus d’européens s’y intéressent. Le succès, récent et exponentiel, du yoga et de la « détox » a braqué le projecteur sur l’Inde et certains partent même tester là-bas les « authentiques » cures locales. « Depuis 1977, j’ai vu une grande évolution, de plus ne plus de gens viennent nous voir, confirme Kiran Vyas. Mais en France, il n’existe pas de médecin ayurvédique à proprement parler : ceux qui apprennent dans un stage d’une semaine ne vous donneront pas de vrais conseils ayurvédiques car c’est une science subtile et profonde. » En Inde, un médecin de ce type suit une formation poussée, avec cinq ans d’études après le « bac », un an et demi d’internat et deux ans de pratiques auprès d’un médecin confirmé.

 

En France, des cures basées sur les massages et l’alimentation

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Pornic au coucher du soleil

Dans l’hexagone, on développe pour le moment les principes qui peuvent le mieux s’adapter à notre société : les massages et l’alimentation. Mais ces soins sont loin d’être des actes superficiels pour adeptes de soins « bien-être ». A Pornic, Létizia Lorenzi, spécialiste en ayurvéda, supervise la cure (de trois jours à trois semaines). Elevée par une mère pakistanaise qui a baigné dans cette médecine toute sa vie, la praticienne ne pouvait envisager une cure banalement « cosmétique » pour urbains en mal de papouilles. On commence par un entretien de deux heures où elle détermine votre « dosha », c’est-à-dire votre constitution propre, parmi les trois existantes (Vata, Pitta et Kapha).

 

 

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Une des chambres du centre de thalasso

Ces énergies vitales responsables de nos processus physiologiques et psychologiques doivent absolument être équilibrées. « Une fois que j’ai déterminé votre dosha, par l’examen de la morphologie, le questionnement du mode de vie, l’écoute du pouls et l’observation de la langue, tous les éléments de la cure sont choisis en fonction de lui : la nourriture, les épices appropriées, l’hygiène de vie, les huiles utilisées pendant les massages ainsi que la phytothérapie. » Ainsi, les nourritures douces, acides ou salées et les boissons chaudes conviennent mieux au type Vata tandis que Pitta devra manger plutôt cru que cuit.

 

 

Repas végétarien en commençant par le dessert

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Tisane gingembre citron et miel au réveil

« Dans nos sociétés modernes, le Vata, c’est-à-dire le mouvement, est trop sollicité, constate la spécialiste. Il faut toujours consommer, changer, être happé par son téléphone… bref, ces sollicitations excessives de nos cinq sens, qui nous décentrent et nous épuisent. » Chaque matin, une tisane gingembre frais-citron-miel, prise une demi-heure avant le petit déjeuner (galette de riz-miel ou beurre clarifié) aura une action à la fois détoxinante et régénérante pour l’immunité et pour stabiliser le mental, avec une action sur le mental et le métabolisme. A table, on devra aussi remettre les compteurs à zéro avec des repas gorgés d’épices (mais pas piquants pour autant) ou pris « à l’envers », pour améliorer la digestion : on commence par le dessert (le sucré, qui ouvre l’appétit) pour aller vers l’acide, le salé et finir par l’astringent, qui ferme l’appétit. Le tout assorti de petits « shots » de gingembre-cardamone-cumin chaud, avant et après le menu.

 

 

Des épices pour améliorer la digestion

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Repas végétarien mais savoureux et rassasiant

« La nourriture est notre premier médicament, poursuit Kiran Vyas. Il faut avoir un repas de base avec des légumes, des légumineuses et des céréales ; respecter la grande loi qui dit de manger seulement lorsque nous avons faim et ne pas surcharger son assiette, surtout sans grignoter entre les repas. » Ensuite, il est recommandé de se servir des épices : la moutarde qui augmente l’élément Feu et améliore la digestion ; le cumin qui apaise les gens stressés ou colériques ; le fenugrec, très amer, très bénéfique pour le foie… Le curcuma, « reine des épices », est un puissant antioxydant qui purifie le sang, libère le diaphragme, facilite la digestion et lutte contre l’inflammation, siège des maladies…

 

 

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Les outils du massage Sirodhara

Phytothérapie, yoga, massages, méditation… L’ayurvéda ne s’intéresse pas qu’à votre assiette. « Au quotidien, il y a trois vecteurs de santé : le mode de vie, la diététique et le nettoyage, précise Kiran Vyas. Selon notre nature, Vata, Pitta ou Kapha, on s’orientera soit vers une activité physique intense soit plutôt vers de la relaxation et de la méditation. Le repos et surtout le sommeil sont également de grands remèdes car les grandes réparations physiques, émotionnelles, mentales et spirituelles se font à ce moment-là. Les massages des pieds au bol Kansu, par exemple, améliorent la qualité du sommeil. » Le Sirodhara constitue aussi une expérience inédite : après un massage du corps à l’huile de sésame (grand remède indien, elle stimule la circulation sanguine et lymphatique et possède des vertus anti-inflammatoires), le soin finit par un filet d’huile tiède qui ruissèle sur le front pendant plusieurs minutes et glisse le long des cheveux. On se retrouve dans un état proche de l’hypnose ou de la méditation, imparable pour faire lâcher le mental.

 

 

Vomissements et lavements pour purifier

Cet océan d’huiles réconfortantes et curatives, associé à la diététique et au yoga, ne doivent pas faire oublier un autre pan de l’ayurvéda, beaucoup moins accessible et naturel pour un occidental : celui des « nettoyages ». Cette médecine est largement tournée vers le grand concept de la détoxication : avant toute guérison, on procède toujours à une chasse aux toxines, dans le foie, le tube digestif ou les intestins. Certaines pratiques sont envisageables en Occident, comme le nettoyage de la langue avec une spatule en métal ou en bois, le matin à jeûn (pour éviter que les bactéries remontées pendant la nuit ne redescendent dans le système digestif) ; pour les plus courageux, il sera précédé d’un gargarisme à l’huile de sésame.

Les cinq purges de l’Ayurvéda

Il existe en Inde des pratiques plus pointues : des « purges » à ne surtout pas pratiquer sans encadrement. « Les Panshakarmas constituent les cinq actions de purification, détaille Kiran Vyas. Elles peuvent soigner beaucoup de maladies. » On commence par des « oléations » aux huiles ou au ghee (beurre clarifié) qui dissolvent les toxines du corps et les éliminent, puis on continue avec des sudations en bain de vapeur ou des lavages poussés du nez. Ensuite, il existe de grands nettoyages plus extrêmes, comme les vomissements, provoqués par l’ingestion d’eau salée, pour nettoyer l’estomac ; les purges de l’intestin grêle avec ingestion d’huile de ricin et même les lavements du colon par l’injection de décoctions de plantes…

L'ayurvéda pour tous
Pour le massage Sirodhora

Un programme qui se situe aux antipodes des « trips bien-être » recherchés par les européens en quête de déconnexion.  De quoi renoncer au voyage ? « Les cliniques indiennes ont des pratiques poussées qui ne sont ni nécessaires ni recommandées pour toutes les natures, constate Kiran Vyas. Il faut absolument être encadré par une équipe de professionnels. Chez nous, on ne fait vomir personne. » Les stages ayurvédiques qu’il organise en Normandie pratiquent certains soins, à condition d’être « prêt émotionnellement et mentalement ».

Rien de tout cela à Pornic, où Létizia doit parfois réorienter des patients mal informés, qui ne sont même pas prêts à manger différemment ou suivre les principes les plus basiques de l’ayurvéda. « Les cures proposées dans des resorts bien gentils du Kérala ne sont pas impliquants mais pour suivre sérieusement une cure de Punshakarma de trois semaines dans une clinique indienne, il faudrait arriver deux semaines avant pour stabiliser son Vata, perturbé par le voyage et la découverte de l’Inde, puis faire la cure et attendre à nouveau deux semaines avant de revenir… » Mais ces pratiques poussées ne doivent pas faire oublier les bénéfices d’une approche raisonnée de l’auyrvéda, telle qu’elle est pratiquée à Pornic ou à Tapova. On en ressort vraiment allégé et plein de vitalité, sans avoir dû y sacrifier son intimité. Namasté !

Charlotte Langrand

 

Alliance Pornic, cure oja-ayurvéda, à partir de 912 euros (quatre jours) sans hébergement. thalassopornic.com

Centre tapovan, Paris 15e et cures ayurvédiques en Normandie : à partir de 650 euros sans hébergement. tapovan.com

Charlotte Langrand

Journaliste au Journal du Dimanche (JDD) rubriques Gastronomie-Cuisine, santé-bien-être

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