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Féminisme – Les femmes et la cuisine, tout une histoire…

Après avoir longtemps été le symbole des femmes au foyer, la cuisine n'est plus antiféministe. La preuve, avec la nouvelle génération de cheffes

Dans l’émission Culture-médias de Philippe Vandel sur Europe1, avec notre invité Lauren bastide, je vous parlais de l’évolution des relations -mouvementées- des femmes et de la cuisine… Un domaine qui n’est plus anti-féministe et qu’une nouvelle génération de cheffes est en train de se réapproprier. Avec la recette de précieuses au beurre de Laetitia Visse.

 

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Cuisine et féminisme, un sujet qui commence à évoluer

Féminisme - Les femmes et la cuisine, tout une histoire...Cuisine et féminisme n’ont jamais eu une relation apaisée… Et pour cause : le lieu est depuis toujours, le symbole de la femme au foyer et de son rôle cantonné à la sphère privée : le ménage, les enfants… la cuisine. Dans les années 1970, les femmes ont rejeté les fourneaux pour ces mêmes raisons et pourtant, elles s’occupent encore de la majorité des repas au quotidien…C’est paradoxal, finalement, puisque la plupart des grands chefs connus sont des hommes ! Comme pour la couture, lorsqu’un métier devient public, il devient en même temps souvent l’apanage des hommes.

Ce sont pourtant des cheffes pionnières, comme Eugénie Brazier en son temps, qui a fait sortir la cuisine de la sphère domestique pour la porter au restaurant. Mais les codes culinaires et le système des brigades, hérités du 19e siècle, s’appliquent encore…Pire, le milieu de la gastronomie est l’un des plus sexistes : les femmes sont sous-payées par rapport aux hommes (-24% en moyenne), sont beaucoup moins représentées dans les guides gastronomiques (moins de 5% des étoilés du Michelin en 2019) et elles sont souvent victimes de harcèlements et d’agressions dans les brigades, en témoignent les nombreux articles de presse sortis sur le sujet ces derniers mois.

Libération de la parole et littérature

Pourtant les choses commencent enfin à bouger ! Depuis la libération de la parole avec #metoo, toute une génération de jeunes femmes se réapproprie ce rôle confisqué par les hommes… La génération actuelle ne rougit plus de son amour de la bonne chère : on peut tout simplement être féministe ET bonne vivante, mener une vie active moderne ET aimer cuisinier avec (ou pour) ses amis. D’ailleurs, par le passé, même des auteures comme Duras, Beauvoir ou Colette n’ont pas complètement occulté la cuisine de leurs écrits pour autant : même si Virginia Woolf réclamait plutôt « une chambre à soi » qu’une cuisine, pour pouvoir écrire, on sent tout de même qu’elle aimait manger, comme Beauvoir ou Colette, qui étaient aussi de très bonnes vivantes.

Aujourd’hui, les femmes cheffes, qui ont toujours été là dans les cuisines, sont enfin plus visibles qu’avant : on peut citer Tatiana Levha ou Anne Legrand et Clio Modaffari à Paris, Amélie Darvas à Vailhan (Hérault), Tabata Mey à Lyon… Ou encore Chloé Charles et Céline Pham, qui cuisinent de façon « nomade » dans des restaurants éphémères : et oui, les femmes ont souvent dû inventer leur propre façon d’exercer ce métier. Elles sont donc nombreuses. Je vous conseille d’ailleurs l’application pour smartphone “Parabere” ou le guide « cheffes » (éditions Nouriturfu) qui répertorient tous les établissements tenus par des femmes en France et ailleurs. Lauren Bastide a d’ailleurs aussi produit un podcast féministe sur les questions de cuisine, intitulé “Bouffons”.

Dix façons de cuisiner… les précieuses!

Féminisme - Les femmes et la cuisine, tout une histoire...L’une de ces jeunes cheffes n’est d’ailleurs pas dénuée d’humour… C’est Laetitia Visse, qui a failli abandonner le métier plusieurs fois à cause du sexisme. Elle a heureusement tenu bon. Son truc à elle, c’est la cuisine charcutière, les ris de veau, pieds de cochons, les saucisses, l’andouillette… Elle pulvérise donc avec naturel l’éternel cliché de la cuisine « viandarde » qui serait réservée aux hommes tandis que les salades seraient plus du goût des femmes…

Elle a ouvert un resto à Marseille, appelé « la femme du boucher » et, avec humour et un peu de provocation, elle a signé un petit livre de cuisine, sur un produit particulier… j’ai nommé : les joyeuses, les valseuses ! Ca s’appelle, « les couilles, dix façons de les cuisiner » et on y retrouve ses recettes de crépinettes poêlées, de précieuses au beurre, de roupettes d’agneau aux cèpes et même les couilles du Pape en confiture… ! C’est à la fois joyeux et très sérieux, vous pouvez le retrouver aux éditions de l’Epure. Voici une de ces recettes:

Recette express : les précieuses au beurre, potimarron et chorizo

Poêlez 4 paires d’amourettes sans la peau (ces abats de bœuf ou de cochon ou de mouton) avec huile de noisette et sel. Ajoutez une noix de beurre, de la coriandre hachée et une gousse d’ail écrasée. Servez avec des morceaux d’un beau potimarron, cuit au four à 190°, avec huile d’olive et sel, pendant une demi-heure, une poignée de noisettes torréfiées au four quelques minutes et concassées et 80g de tranches de chorizo sec.

Charlotte Langrand

Journaliste au Journal du Dimanche (JDD) rubriques Gastronomie-Cuisine, santé-bien-être

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