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Crêpes, Nouvel An chinois et petite philo de l’hédonisme avec Raphael Enthoven

La chandeleur vintage, la symbolique des plats chinois et l'hédonisme d'Epicure et Montaigne

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La Table des Bons vivants

 


Invitée du jour:

Chronique du jour: Petite philosophie de l’hédonisme à table

Qu’est-ce qu’être “bon vivant”?

Une question existentielle, parfois me taraude… Quand je suis au Café des Ministères, devant le meilleur Vol au Vent de la Capitale, avec son feuilleté parfait qui déborde de ris de veau, de volaille… et bien, je me demande : Suis-je plutôt épicurienne ou hédoniste ?! Ou plutôt, dois-je céder à l’hédonisme de l’abondance de Montaigne ou à l’hédonisme de la frugalité d’Epicure ?

Oui j’ai bien dit « Epicure » et « frugalité » dans la même phrase : il y a une énorme méprise depuis toujours à propos de ce philosophe : on emploie le mot « épicurien » à tort et à travers, faisant d’Epicure l’emblème d’un bon vivant toujours « excessif et sans limites », qui s’empiffrerait le Vol au Vent ET le bœuf Wellington du Café des Ministères à la suite…

L’hédonisme d’Epicure: le plaisir raisonné, sans excès

Oui, Epicure fut injustement accusé d’incitation à la débauche alors qu’il conseillait une vie de plaisirs « raisonnés », c’est-à-dire de profiter des plaisirs dits « naturels et nécessaires » (la faim, la soif, le désir sexuel) dans le but d’atteindre ce qu’il appelait l’ataraxie c’est-à-dire un équilibre harmonieux.

Pour lui, les plaisirs en excès rendent l’homme dépendant et le privent de sa liberté et il va même plus loin : il proscrit aussi les plaisirs dits « non naturels et non nécessaires » (la recherche de gloire, des honneurs ou de la richesse) ! Epicure, c’était donc la tempérance au service du plaisir pour « jouir loyalement de son être ». Lui, il aurait adoré la justesse des gnocchis aux épinards et au persil du pot-au-feu végétarien du restaurant Douze, à Paris !

L’hédonisme de Montaigne: la quête de la volupté

Montaigne, qui n’entendait rien à la cuisine, ne distinguait pas un chou d’une laitue et ne comprenait rien à « la police des sauces », aimait en revanche « manger goulûment », se mordait souvent la langue « de hâtivité » et « ne dédaignait pas de boire ». Gageons qu’il aurait eu son rond de serviette chez A Mi Chemin à Paris dans le 14e, chez le chef Nordine Labiadh, dont le couscous est aussi délicieux que pantagruélique.

Montaigne, dans les Essais III, a donc petit à petit glissé vers un discours anti-stoïciens, assumant sa quête de volupté et de « jouir aussi du culturel et du superflu » et confessant ses excès, sans se repentir. Il trouvait l’hédonisme minimaliste d’Epicure un peu austère et l’âge ne l’a pas assagi puisque qu’il disait que « lorsque le désir décroit avec la vieillesse, il convient de le réveiller ».

Nous aurions aimé les avoir à notre « table de bons vivants » pour en discuter. Mais vous qui les connaissez par cœur, Raphael Enthoven, est-ce que vous savez s’ils ont vraiment vécu conformément à leur propre doctrine ?

Charlotte Langrand

Journaliste au Journal du Dimanche (JDD) rubriques Gastronomie-Cuisine, santé-bien-être

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